Par Nelly JIMENEZ, membre du conseil d’administration

Dans un contexte économique marqué par la recherche de nouveaux talents, l’évolution des modes de travail et la nécessité d’améliorer la performance des organisations, la mixité femmes-hommes est devenue un enjeu stratégique pour les entreprises.

Le mouvement World With Women, Mouvement mondial pour la mixité femmes-hommes, dont le cœur se trouve en France, s’inscrit dans cette dynamique. Une mobilisation World With Women aura lieu le 13 octobre, en écho au 24 octobre, date emblématique de la mobilisation des femmes islandaises. Elle porte une ambition internationale : faire progresser la mixité dans la société, les entreprises, les instances de décision et les écosystèmes professionnels.

À cet égard, l’expérience islandaise constitue une source d’inspiration particulièrement intéressante. L’Islande est régulièrement citée parmi les pays les plus avancés en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Au-delà des classements, elle offre surtout un exemple concret de la manière dont une société peut transformer un enjeu de société en levier de développement économique, d’innovation et d’attractivité.

L’Islande, un laboratoire de la mixité

L’Islande bénéficie d’une histoire particulièrement forte en matière de participation des femmes à la vie économique et sociale. Le 24 octobre 1975, les femmes islandaises se sont mobilisées massivement en cessant leur travail rémunéré ainsi qu’une grande partie de leurs tâches domestiques et familiales. Cette mobilisation a rendu visible, à l’échelle nationale, la contribution essentielle des femmes au fonctionnement de la société et de l’économie.

Depuis, plusieurs générations de dirigeantes, d’entrepreneures, de chercheuses et de responsables publiques ont contribué à faire évoluer les représentations. La jeune République a également mis en place différents dispositifs visant à favoriser une meilleure représentation des femmes dans les organisations et à réduire les écarts professionnels.

Mais l’intérêt du modèle islandais ne réside pas uniquement dans les politiques publiques ou dans les résultats statistiques. Il tient aussi à une culture collective qui considère davantage la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle comme une responsabilité partagée. Cette approche peut favoriser une organisation du travail plus flexible, une meilleure fidélisation des salariés et une participation plus équilibrée des femmes et des hommes à l’activité économique.

De l’égalité à la performance économique

Pour les entreprises, la mixité ne doit pas être réduite à un sujet de conformité ou d’image. Elle peut également constituer un facteur de performance.

Une organisation plus mixte peut contribuer à :

  • élargir le vivier de recrutement ;
  • renforcer l’attractivité employeur ;
  • diversifier les profils et les expériences ;
  • améliorer la compréhension des marchés et des clients ;
  • favoriser l’innovation et la créativité ;
  • renforcer la qualité des décisions ;
  • limiter les risques liés à une culture trop homogène.

Dans une économie comme celle de l’Islande, caractérisée par un marché intérieur limité et une forte ouverture internationale, la capacité à mobiliser l’ensemble des compétences disponibles est essentielle. La mixité devient alors une question de compétitivité.

Cette logique est également pertinente pour les entreprises françaises. Dans de nombreux secteurs, comme les technologies, l’industrie, l’énergie, la finance, le tourisme et les métiers scientifiques, les employeurs doivent attirer et retenir des profils diversifiés. Progresser sur la mixité permet de répondre plus efficacement à cette tension sur les compétences.

L’apport de l’Islande au mouvement World With Women

Le lien entre l’expérience islandaise et World With Women peut être compris comme un lien d’inspiration et de mise en perspective plutôt que comme une relation institutionnelle directe.

L’Islande montre qu’une société peut faire évoluer durablement ses pratiques lorsque la mixité est considérée comme une responsabilité collective. Cette expérience alimente une réflexion internationale à laquelle le mouvement World With Women contribue depuis la France : comment passer des principes aux résultats ? Comment faire de la mixité une réalité dans les parcours professionnels, les comités de direction, l’entrepreneuriat et l’accès aux responsabilités ?

Le modèle islandais rappelle également que les progrès ne reposent pas sur une mesure unique. Ils résultent d’un ensemble de leviers complémentaires :

  • l’accès à l’éducation et à la formation ;
  • l’évolution des pratiques managériales ;
  • le partage des responsabilités familiales ;
  • la transparence des critères de rémunération et de promotion ;
  • la présence de modèles féminins dans les secteurs économiques ;
  • l’engagement concret des dirigeants ;
  • la mesure régulière des progrès réalisés.

Cette approche rejoint la vocation de World With Women : créer un mouvement transversal, capable de réunir entreprises, réseaux professionnels, institutions et citoyens autour d’un objectif commun de mixité.

Des enseignements utiles pour les entreprises françaises et islandaises

L’expérience islandaise peut inspirer plusieurs actions concrètes dans les entreprises.

  1. Mesurer. Il est difficile de progresser sans disposer d’un état des lieux précis : répartition femmes-hommes par métier, niveau de responsabilité, rémunération, recrutement, promotion et départs.
  2. Agir sur les viviers. La mixité ne se décrète pas uniquement au sommet. Elle se construit dès la formation, le recrutement, l’intégration et l’évolution professionnelle.
  3. Revoir les pratiques de travail. Les horaires, les réunions, les modalités de télétravail et les critères d’évaluation peuvent avoir un impact direct sur les carrières. Des règles plus souples et plus transparentes bénéficient généralement à l’ensemble des salariés.
  4. Responsabiliser le management. Les objectifs de mixité doivent être intégrés à la stratégie de l’entreprise et suivis au même titre que les autres indicateurs de performance.
  5. Partager les expériences. Les échanges entre entreprises françaises et islandaises peuvent permettre d’identifier des solutions adaptées aux réalités de chaque marché, sans chercher à reproduire mécaniquement un modèle national.

Un sujet au cœur des relations franco-islandaises

La coopération franco-islandaise ne se limite pas aux échanges commerciaux. Elle repose également sur la circulation des idées, des compétences et des pratiques.

La Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Islandaise (CCFRIS-AF) a vocation à favoriser ces échanges entre les deux écosystèmes économiques. La mixité femmes-hommes peut constituer un axe supplémentaire de dialogue entre entreprises, réseaux professionnels et acteurs de l’innovation.

En mettant en regard l’expérience islandaise et la dynamique portée par World With Women en France, il devient possible d’ouvrir une réflexion concrète et apolitique sur l’avenir du travail, du leadership et de la performance des entreprises.

L’Islande apporte une expérience singulière. La France dispose de ses propres initiatives et de ses propres leviers. Ensemble, ces approches peuvent contribuer à faire de la mixité un véritable avantage compétitif pour les organisations.